Syncanite Foundation

Dans la vie, il faut rester ouvert à tout. Dans les jeux de société, c’est un peu pareil. Bon, cela ne veut pas dire qu’on joue plusieurs fois à un jeu qui ne nous convient pas, mais au moins on tente le coup…
Quand, à Essen, je discute de Syncanite Foundation, édité par Syncanite Games (un nom, un jeu 😊) via KS, avec Timon, son auteur, je suis étonné de ses propos : « Surtout, vous ne lisez pas les règles contenues dans la boîte, mais vous allez chercher celles sur BGG ». Bon, je me dis qu’ils ont changé des coquilles, rien de grave, d’autant que leur stand n’a pas désempli de tout le salon et qu’il y avait une file pour récupérer les copies KS sur place (834 contributeurs, 88.276 € engrangés).
Ce n’est que lorsque la lecture des règles a commencé que l’on a compris le pourquoi de cette remarque. Ils ont totalement réécrit les règles ! Pas juste corrigé des bugs, non : revu toute la manière d’expliquer ! Je n’avais jamais vu cela, mais comme c’est un premier jeu, premier KS, je me dis que c’est compréhensible (on fait tous des erreurs). Sauf que bon… Là, on est loin du pré-professionnel. Les règles sont peu compréhensibles, même réécrites, et presque certainement traduites avec ChatGPT. Il faut deviner, parfois en partant de l’allemand, ce qui était voulu au départ. Il reste à plein d’endroits du texte en allemand (même sur les aides de jeu) et on doit avoir beaucoup de courage pour aller par-delà la lecture, jusqu’à la pose sur la table (big up à Murat sans qui cela n’aurait pas été possible).
Malgré tout, on part sur une explication face à un gros plateau qui nous vend le rêve d’un développement de jeu basé sur une prise de position. Le rêve tourne court, puisque, durant les ¾ d’une manche, le plateau ne sert à rien : tout au plus on y installe des troupes pour une production de ressources avant de les enlever… Okayyyy… Mais on fait quoi alors ici ?
Eh bien, pas grand-chose. Durant les deux premières manches (sur 6 max avant de tous perdre), on produit, on achète-vend des ressources et on collectionne des cartes. Les cartes, c’est le cœur du jeu, car en fait, c’est essentiellement un jeu de cartes qui va finir par déclencher des crises (une fois les facteurs atteints via les cartes) qui vont alors totalement chambouler le jeu. Selon le type de crise, on en viendra à devoir obéir à l’empereur (à défaut d’arriver à le tuer pour gagner ensemble), on n’aura plus de ressources sur les marchés en étant forcé de les remplir à chaque manche, ou encore le plateau ne sera plus un espace de production mais une guerre de territoire (ha ! enfin il sert à quelque chose !).
Là, le jeu s’emballe, enfin, il tourne tout seul ! Si on essaie encore de s’en sortir, on se dirige rapidement vers une fin de jeu. Ce sont cependant ces crises qui sont le facteur intéressant du jeu, car, comme dans un Pax Renaissance, il y a des conditions de victoire possibles lors de ces crises, pour peu que l’on ait gardé la carte associée dans sa main et que l’on ait atteint la condition de victoire. Les attaques des joueurs (dans un premier temps), puis l’impact des crises quand elles sont déclenchées, vous forcent à perdre petit à petit des conditions de victoire. Une fois que vous avez perdu les 5 options, vous devenez un paria, recevez une nouvelle capacité puissante, et si tous le deviennent, on perdra ensemble… SAUF si un des joueurs a la carte permettant de gagner si on est tous des parias. Fin du jeu en 4 manches, un peu plus de 2h30 à 3h pour cette partie qui retombe comme un soufflé.
Au final, Syncanite Foundation est un jeu de cartes chaotique, qui aurait pu faire l’économie du plateau en le réduisant au moins de moitié. Ici, on joue des cartes comme d’autres lancent des brouettes de dés, ce que vous construisez ou développez peut être balayé d’une carte piochée aléatoirement. La fin du jeu donne la sensation de s’installer dans une essoreuse tant tout est bousculé, remué, surtout si, comme nous, vous lancez deux crises d’un coup (on est des ouf ! 😊). Est-ce désagréable ? Pas trop, mais il faut y aller avec une âme d’améritrash et pas d’eurogamer. Une fausse sensation de maîtrise et puis du chaos, du chaos et du chaos.
S’ils avaient pris le parti de faire une petite boîte de jeu avec des cartes et un plateau sur tissu, on a l’impression que cela aurait été plus cohérent. Au niveau des règles, il y a encore trop de points obscurs et une traduction, pour ne pas dire une troisième réécriture, par un professionnel du milieu est nécessaire pour envisager de le jouer autrement qu’avec un ami allemand. À réserver aux amis du chaos et un peu sados sur les bords.








