Pandemain

Un prix décerné pour les jeux Expert par des Experts

Pandemain

Les jeux à pression constante ne sont pas commun dans nos ludothèques, mais on en trouve de divers types. Ceux donnant l’impression d’être au fond du trou et de chercher à s’en sortir, ceux visant l’affrontement direct avec les autres joueurs pour une action clé, ceux vous obligeant à courir sans cesse pour éviter d’être rattrapé par les ennuis. J’aime trouver cette pression, même s’il y a un risque d’avoir l’impression de tourner en rond, chaque développement donnant juste assez d’énergie pour affronter le problème qui suit. Mais c’est le genre de chose que l’on ne voit pas durant la partie, trop absorbé pour trouver les meilleures voies de développement. Après, avec le recul…

Pandemain est un jeu issus de KS de Javier Fuentes et Rafael Oliva les patrons d’Amphora Games qui édite le jeu en espagnol et anglais. C’est leur deuxième jeu après Pantaurus, un petit jeu pour 2 joueur, mais leur premier expert. Ils ont de nouveau fait appel à DanielRGB (qui n’a pas que 3 couleurs à sa palette) pour les illustrations.

Le Pandemain est un pain blanc de haute qualité, cuit à partir de la farine tamisée la plus fine, adapté au seigneur du manoir. Connaissant la signification de ce mot, il est logique de découvrir que nous allons jouer les boulanger pour faire du pain que nous vendrons au serviteur du seigneur qui se balade en ville ou dans les villages alentours. Nous chercherons à obtenir la meilleure réputation, avec l’aide de maîtres boulangers loués à la journée, non sans veiller à garder une bonne image face à l’inquisition.

On va donc partir pour 5 manches, chacune divisées en 4 phases.

– Le Jour : On va placer chacun son tour un des ses ouvriers pour activer des actions. Les cases d’action sont majoritairement multiples (excepté 2 zones) qui ne donnent pas de pression de placement, si ce n’est parfois des coûts augmentés quand on n’est pas premier joueur ou un choix moindre de ressources.

– Le soir : On récupère ses ouvriers (sauf une position du grenier) et on dévalue le pain du jour qui se rassis.

– La nuit : Le boulanger est le seul à pouvoir travailler la nuit, donc on placera un seul meeple pour une action limitée (4 places seulement sont ouvertes) et payant 1 sous.

– L’aube : On nettoie le plateau de jeu, dégrade le lait, paie le salaire des maîtres boulangers (qui peuvent évoluer), active l’ouvrier du grenier, redéfini l’ordre du tour et fait avancer de 1 à 3 cases l’inquisiteur (donnant bonus ou malus aux joueurs).

Les placements du jour sont souvent associés à une dépense d’argent, c’est d’ailleurs ce dernier qui met toute la pression sur le jeu. L’argent n’est pas vraiment rare (on peut l’emprunter au maître du manoir ou le gagner en vendant du pain), mais il part souvent plus vite qu’il ne rentre (et l’emprunt est à rendre en fin de partie, sans intérêt). Vous en avez besoin pour acheter de la farine, des ressources au marché, pour travailler de nuit, pour engager des maîtres boulanger (seuls capables de faire du meilleur pain), acheter du matériel (vache, bœuf, chariot) et (selon les positionnement) cuire du pain et vendre du pain. On se retrouve ainsi rapidement dans une sorte de cercle sans fin, une course sur un tapis roulant pour ne pas se retrouver à court d’argent, car pour faire du pain vous devrez dépenser de l’argent que vous retrouverez quand vous vendrez du pain. Aller emprunter n’est pas grave, mais vous perdez quand même un coup (sur 4 de base par manche) pour récupérer de l’argent.

En plus du cycle ressources-cuisson-vente qui sont globalement nécessaires, il y a quelques actions importantes mais à manipuler avec soin.

– La création du pain : Lorsque l’on paie les ressources pour faire un pain, soit on respecte la recette à la lettre et on fait un pain de haute qualité, soit on remplace une farine optionnelle par une autre et on fait un pain de mauvaise qualité. La différence se fera sur les PV de revente et sur la réputation du boulanger (piste de déplacement vers le haut ou le bas, impactant les PV de fin de jeu et des bonus).

– L’église : Aller à l’église vous impose de faire un don. Il y a 3 options possibles (une fixe et 2 tirées au sort après chaque usage) et vous choisissez d’en faire un ou plusieurs afin d’avancer dans la piste de l’inquisiteur. Non seulement être devant l’homme armé de la foi vous apportera des PV (un potentiel -3 PV sinon), mais en plus il y a des PV, des bonus et surtout un ouvrier de plus à récolter sur le chemin. Mais ce n’est pas tout, aller à l’église permet de définir l’ordre du tour suivant, les deux premiers peuvent se débarrasser d’une pénalité liée à un positionnement derrière l’inquisiteur. En bonus, il y aura moyen de bénir des pains de mauvaise qualité moyennant 1 PV afin de les rendre de haute qualité (bénis oui oui 😊 ). Surtout intéressant pour transformer une perte de réputation à venir en un bonus.

– La maison de négoce : On y échange des ressources, mais si on prend un tarif moins intéressant (2 contre 1) alors on peut déplacer son meeple vers une autre zone et y faire l’action. C’est super intéressant car on va pouvoir faire l’appoint de ce qui nous manque pour ne pas perdre une seule action de récupération.

– Le serviteur du seigneur : Une pièce mobile se déplace sur le plateau, représentant le serviteur du seigneur, à qui on peut vendre le pain réalisé. C’est le même tarif qu’une vente dans un village (qui peut rapporte quelques PV de plus selon les cas), mais il permet surtout de ne pas perdre un coup de placement puisque l’on vend juste après l’action de la case.

– Les maîtres boulangers : Si vous jouez avec le jeu complet (il y a une version d’apprentissage sans les maîtres boulangers), vous ne pouvez pas faire autre chose que le pain de seigle (orange) dans le jeu. Pour faire autre chose, il vous faut engager (et payer ensuite chaque jour) un maître boulanger qui vous donnera accès à un autre type de pain. Il faudra aussi lui faire gagner du galon (en payant ou à force de travail) pour qu’il connaisse la recette d’un autre type de pain (dont le meilleur, le brun, le pain de blé). S’il y a moyen de faire une partie sans boulanger (gain d’actions et de ressources contre perte de PV et d’argent), c’est surtout jouable si les villages recherchent des pain de seigle et que tout le monde ne fait pas l’impasse.

Pandemain est un jeu relativement simple dans ses règles, mais qui nécessite une bonne gestion de son plateau et ses ressources. L’argent vous force et vous guide, nécessitant d’en faire à un moment ou l’autre, voire parvenir à créer et vendre un pain chaque tour pour jouer à flux tendu. Se retrouver hors tempo vous obligera à temporiser une création de pain durant la nuit, afin de ne pas voir sa dégradation en début de soirée.

Le nombre d’action étant limité et la pression de l’inquisition étant réelle, on a tendance à maximiser son avancée sur l’église en début de partie et à plutôt l’ignorer par la suite, lorsque l’on a atteint les 10 points d’église, synonyme d’aucune pénalité durant le reste du jeu, permettant de se focaliser ailleurs. Cette avancée libérera le dernier travailleur et, pour peu que vous soyez le premier, vous donnera le choix dans des bonus intéressants associés parfois à une belle économie d’action / argent. Cependant, ignorer l’église (et se focaliser ainsi sur d’autres actions) est possible, mais pour se débarrasser des malus reçus il faudra… aller à l’église ! Du coup, l’ignorer en début de jeu n’apporte pas grand-chose car c’est reculer pour mieux sauter, vu que l’on se prive des bonus, de l’action supplémentaire, des PV d’avancée sur l’inquisiteur pour y aller seulement dans les dernières manches. Autant le faire dès le début, à moins d’opter pour une stratégie axée sur la vente de pain de blé (le plus cher mais rentable en PV) qui demande trop d’actions pour visiter l’église durant les premiers tours.

Si ce n’est donc l’église qui semble nécessaire en début de jeu, chaque joueur pourra avoir son développement personnel, en faisant ou pas l’impasse sur les emprunts / matériels (vache,…) / maîtres boulangers, car toutes les voies sont jouables avec une belle progression, le temps que l’on comprenne la force de la maison de commerce et du serviteur du château.

Pandemain est un excellent jeu expert superbement dans le thème, dont la seule faiblesse est sans doute les (trop) petits pions de calcul de ressource, mais c’est juste pour chipoter. S’il est rejouable sans soucis, vous permettant d’essayer diverses voies, cela reste un jeu de collecte / vente avec une certaine routine dans les actions et une interaction moyenne dans la mesure où toutes les cases d’action (ou presque) sont utilisables par plusieurs joueurs. Heureusement que la pression de l’argent vous oblige a être vigilant sur les mouvements de l’adversaire qui peut vous priver d’une position avantageuse ou vous coûter quelques sous. Ce Pandemain est vraiment bon comme le bon pain !

 

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