Kingdom Crossing

Un prix décerné pour les jeux Expert par des Experts

Kingdom Crossing

Je n’aime pas quand un jeu me laisse entre deux eaux. Je préfère de loin aimer ou détester, c’est tellement plus simple. Mais sortir d’une partie en se disant : « Je ne me suis pas vraiment amusé et pourtant je n’ai rien à reprocher au jeu », c’est de loin le pire pour moi. Certains diront qu’ils feront partie des « OK Games », ce qui n’est déjà pas si mal… mais est-ce vraiment bien ? Un jeu bien foutu, mais que tu n’as pas envie de ressortir — sans pour autant dire non si on te propose une partie — j’ai vraiment du mal avec ça. Voir un jeu que je n’aime pas convenir à d’autres m’est plus facile, car tous les jeux doivent trouver leur public. Mais un « Bof », j’en fais quoi ?

Kingdom Crossing est un jeu des talentueux Stefania Niccolini et Marco Canetta (Zhanguo, Railroad Revolution, The Specialists, …), édité chez Sorry We Are French (dont je ne peux que souligner le soin apporté à tous leurs jeux, spéciale dédicace à Matthieu Verdier). Comme d’habitude, ils font appel à David Sitbon (Iki, Galileo Project, Shackleton Base, Demeter, …) pour les illustrations.

Dans Kingdom Crossing, on apprend que la reine voulait visiter toutes les parties de son royaume, séparé par une rivière. Mais pour ne pas blesser ses habitants, elle désire ne passer qu’une seule fois sur chaque pont. Hélas, malgré ses efforts, c’est impossible avec 7 ponts. Nous sommes donc mandatés pour préparer la construction d’un huitième, avec l’appui des villageois, sans les brusquer et sans, nous aussi, repasser plusieurs fois sur un pont. Voilà le pitch du jeu, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il colle parfaitement à son thème.

Basé sur 4 manches, chacune composée de 4 tours d’action, le jeu a des règles très simples. Vous choisissez une de vos 6 tuiles d’action, chacune utilisable une seule fois par manche. À part une, elles fonctionnent de la même manière : vous avez un nombre de ponts à traverser (+ un petit bonus), puis vous achetez une des cartes de la zone d’arrivée ou vous prenez l’argent indiqué sur la tuile.

Les cartes achetées sont soit des bâtiments (placés sous votre plateau) qui produisent immédiatement et en début de manche, soit des personnages qui fournissent des ressources. Le clan de ces personnages s’ajoute au-dessus de votre plateau et rapporte un bonus par paire en début de manche. On comprend vite qu’il faut essayer de collectionner un même type de carte pour maximiser leur intérêt (au moins par paire).

Les ressources gagnées, sauf l’or, ne sont pas réinvesties : ce sont des pistes (bois, pierre, …). Leur intérêt est de s’associer à un type de carte pour scorer en fin de partie selon les fleurs / sculptures placées sur leur piste. Là aussi, on comprend vite quelle ressource faire progresser quand on commence à accumuler un type de carte.

Côté déplacements, on laisse des marqueurs sur les ponts traversés pendant la manche. Pour parvenir à franchir les 7 ponts (et gagner des PV bonus), il faudra utiliser la montgolfière (payante) pour sauter par-dessus la rivière et réussir ce qui est impossible à pied. Cette gestion des déplacements, à la fois dans l’intention (qui demande de l’abstraction) et dans l’application tour après tour, est vraiment au cœur du jeu. Entre le plan qu’on se fait et sa réalisation, il y aura forcément des ajustements : les autres joueurs prendront vos cartes, déplaceront la montgolfière, révéleront de nouvelles opportunités, … Bref, le jeu vit d’une forte interaction. Adaptabilité est le maître mot !

Parmi les éléments annexes, on trouve aussi des objectifs communs (premier arrivé = meilleurs PV) et des faveurs de la reine à collecter (objectifs personnels de PV).

Tout cela sent bon : on pense, on s’adapte, on enchaîne les combos… Alors pourquoi ce sentiment de « Bof » ? Eh bien, je n’en sais rien. Ne pas pouvoir mettre le doigt sur ce qui me dérange, et qui m’empêche de prendre du plaisir, me pèse. J’ai essayé à 3 et à 2 joueurs, et le ressenti est le même, pour moi comme pour mes partenaires. Le pire, c’est que je n’ai rien à reprocher au jeu, si ce n’est de ne pas me convenir. Je suis le premier déçu.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *