Iki

Un prix décerné pour les jeux Expert par des Experts

Iki

Souvent je fuis les rééditions. Que ce soit parce que j’étais habitué à la version précédente, parce que j’aime me dire que j’ai une version historique ou simplement car la nouvelle mouture ne me plaît pas (les Colons de Catane avec les pièces en plastique… Beurk). Enfin, cela c’est ce que je me dis dans mon esprit, car dans les faits, j’ai fini par craquer sur plusieurs refontes simplement car elles apportaient un plus au jeu de base (Châteaux de bourgogne, Aventuriers du rail 10 et 15 ans, Qwirkle collector Edition). Mais parfois c’est simplement car j’étais passé à côté de la première version qui est souvent indisponible désormais. Mais du coup, si le jeu n’est plus le même et qu’il n’est plus disponible, quelle raison pourrais-je avoir de bouder une réédition ?

Iki est une refonte du jeu de 2015 de Koota Yamada, dont c’est le seul de ses jeux qui a fait le voyage de l’asie à l’europe, malgré la dizaine de jeux à son actif. Si la version de 2015 était éditée par Utsuroi, c’est Sorry We Are French qui l’a repris et transformé pour l’adapter aux préférences européenne, tant au niveau du design que des règles. Il devient ainsi le premier jeu Expert de sa gamme qui se développe doucement, avec des jeux de qualité égale. David Sitbon est celui qui dépoussière le style japonais pour nous donner de superbes illustrations européanisées.

Iki pose son propos à Edo (l’ancien nom de Tokyo) sur la grand rue du marché. On va se déplacer dans les 12 tours (+1) de jeu d’étal en étal, activant le vendeur fixe et/ou un artisan spécialisé situé dans l’arrière-cour. Divers événements interviennent à des manches connues permettant une production des artisans, ou déclenchant un incendie ravageur.

L’avantage premier de Iki est sa simplicité de règles. Les 12 manches sont excessivement simples :

  • On ajoute 4 cartes d’artisans à acheter
  • Dans l’ordre de défense contre le feu, on place son meeple « femme » pour réserver un nombre de déplacements sur le marché (de 1 à 4).
  • Dans l’ordre de déplacement (du plus petit au plus grand) :
    1. On reçoit 4 sous (des « Mons ») OU on engage un artisan
    2. On déplace son meeple « homme » d’autant de cases qu’annoncée (voire plus avec des sandales) et on active l’étal et/ou l’artisan associé
  • On termine le mois en ajoutant un incitant sur les artisans non achetés, mais 7 mois (manches) sont un peu différentes
    1. A chaque fin de trimestre, on remplace les cartes et jetons ; on reçoit la productions de nos artisans ; on touche des PV de positionnement des artisans ; on paie un riz pour chacun de nos artisans en activité.
    2. Aux mois 5-8-11, un incendie se déclare dans un groupe de maison, qui ravagera tous les personnages ou constructions présents sauf si un joueur a un niveau de feu apte à le combattre, protégeant tout ce qui suit.

Rarement on n’a trouvé un jeu Expert avec des règles aussi succinctement expliquées. Alors on peut se demander ce qui fait que l’on passe 2 heures pour une partie pour simplement 12 actions. C’est la pression posée sur l’argent, le peu d’actions avant une fin de trimestre (ou d’un incendie) et l’ordre du tour qui nécessite de vous poser des questions et surtout de vous projeter dans les coups qui suivront et anticiper sur les actions à venir. C’est cet ensemble qui remue vos méninges et vous oblige à faire des choix cruels. Avoir du riz, améliorer son combat contre le feu, acheter des Pipes/blague à tabac/poissons/artisans pour les PV de fin de partie, positionner ses artisans pour les (faire) activer en visant des PV de fin de saison, gérer son argent… C’est tant de voies que l’on peut choisir de suivre ou pas, mais qui ne seront pas toutes possibles.

Les artisans que l’on achète progresseront dans leur art au fur et à mesure que les autres joueurs y feront appel, vous offrant en fin de saison de meilleurs revenus, jusqu’à ce qu’ils prennent leur retraite et reviennent sous votre plateau de joueur. Là, ils ne devront plus être nourris et produiront toujours chaque fin de trimestre. Comme ce sont les autres joueurs qui font essentiellement progresser nos artisans, il faut intelligemment les choisir et les placer pour l’intérêt qu’ils représentent, selon que l’on veut les voir retraités vite ou au contraire les garder en place pour scorer sur le positionnement en fin de trimestre. C’est fin !

Mais les artisans sont aussi intéressant pour les autres joueurs pour la protection qu’ils peuvent apporter sur un incendie, si leur joueur propriétaire est un bon pompier, car les artisans situés derrière dans le bâtiment seront protégés d’un incendie éteint par le sapeur. Enfin, pour peu qu’il ne parte pas soudainement par le fait d’un autre joueur l’envoyant à la retraite ou la rotation du propriétaire dans son déplacement du marché. Beaucoup de chose doivent être envisagées et c’est ce qui fait tout le sel d’Iki.

Les étals comme les pouvoirs des artisans offrent des actions simples mais tellement utiles qu’il est difficile de s’en passer et de bouder un artisan d’un autre joueur, quand bien même cela améliorera son rendement personnel. On notera que le bois (nécessaire pour construire des bâtiments à PV) n’est disponible que via les artisans et plus du tout lors du dernier trimestre, vous obligeant (en plus du reste) à préparer en amont vos ressources de construction. Encore une chose à penser…

Iki a tout ce qui fait le charme des jeux japonais : une simplicité de règle et une profondeur de jeu. Mais grâce à Sorry We Are French il gagne aussi en qualité visuelle et matérielle à l’européenne qui lui permet plus facilement de rentrer dans toutes les maisons. Ils ont réussi à magnifier un jeu réservé à une élite pour le rendre accessible à tous. Pas la peine de s’en excuser, vraiment.

 

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