Titan

Un prix décerné pour les jeux Expert par des Experts

Titan

Deux ans… Deux ans (et quelques mois) d’attente entre la clôture d’un KS et sa livraison… Presque 5 fois l’objectif initial en terme de montant n’auront pas permis de réduire le temps d’attente, débordé de 14 mois. Bien sûr, il y a eu le Covid et ses fermetures, l’explosion des prix des matières premières et des containeurs. Mais quel sentiment a le pledger quand le temps d’attente explose ? Reste-t-il de l’excitation, de l’envie ou est-ce déjà oublié, l’amertume remplaçant le tout ? Mais si le pledger se plaint (peut-être à juste titre), pense-t-on au désarroi dans lequel l’auteur, qui ne maîtrise rien mais supporte les critiques, doit être plongé ? Le délais peut-il détruire un jeu psychologiquement ?

Titan est le deuxième jeu de Matthieu Podevin (mais pas le dernier puisque deux autres sont déjà annoncés) édité par Holy Grail Games. C’est Loïc Muzy qui a réalisé les illustrations, ce qui fait de lui un illustrateur de plus en plus prolifique dans le milieu (68 jeux ou extensions à son actif, dont Dominations et Rallyman : GT).

Dans Titan, vous êtes envoyés sur le satellite susnommé par Stardrill afin d’en exploiter la surface, visant spécifiquement le Deutérium, ressource rare donc valorisable. Les joueurs se retrouvent autour d’un cratère où ils posent leur vaisseau et sortent leurs drônes, avant de disposer autour les bases de leur tuyaux d’extraction et une première plateforme d’extraction. Vous aurez 5 manches, chacune contenant 4 tours, pour développer votre réseau et charger votre vaisseau d’un maximum de deutérium à ramener à Stardrill.

Chaque manche commence par poser, pour chaque joueur, une plateforme d’un type de ressource quelque part sur le plateau à 3 niveau du jeu. Chaque type de plateforme n’est disponible qu’une fois par manche et a une valeur allant de 0 à 5 PV. Plus la plateforme vaut de PV, plus elle contiendra de Tholin, une ressource parasite que l’on désire se débarrasser. A contrario, moins elle vaudra de PV, plus elle aura de Deutérium si précieuse. Outre les PV et ressources associées, les plateformes sont liées à une ressource secondaire : Eau, Silicium, Titanium, Hydrocarbure ou suppression de Tholin. Lorsqu’on les activera en développant son réseau, elles produiront les ressources liées. Il n’est nul besoin de les placer sur son réseau existant.

Le placement des plateformes est très important, car il sera lié aux types d’actions que vous ferez lors de cette manche. Il y a deux actions possibles, la pose d’un nouveau tuyau à votre réseau ou la récupération d’une ressource secondaire. Il est clair que la pose de tuyaux est plus utile / importante que de simplement ajouter une ressource sans PV direct dans votre vaisseau. On pose donc tous nos plateformes sur les points les plus bas du cratère (4 tuyaux), finissant la partie sur la zone haute du jeu (2 tuyaux et 2 ressources).

Chacun son tour, les joueurs réalisent une des actions de leur plateau, selon ce qui est disponible, choisissant entre poser un tuyaux ou récupérer une ressource. Augmenter son réseau est la plus utile, car elle vous permettra d’aller plus profondément dans le cratère (pour y puiser directement du Deutérium), mais aussi d’activer les plateformes posées précédemment. Cette activation est votre approvisionnement principal de ressources secondaires, car plus vous aurez de plateformes connectées du type activé et plus vous aurez de ressources en une seule fois. Cette collecte est majorée par les drones que vous aurez arrimés au type activé.

Les drones sont justement déplacés (ou pas) après l’action de base. Chacun a un numéro définissant le tour où il peut agir. Il servira à prendre ou déposer des cubes (Tholins/Deutérium) des plateformes, à augmenter la production en s’arrimant ou encore à détruire les tuyaux déjà posés (moyennant du titanium). Ces drones se déplacent gratuitement sur votre réseau, mais ils peuvent aussi sortir de votre réseau moyennant un hydrocarbure. Ils peuvent aussi agir une deuxième fois par tour en dépensant du titanium.

Vient ensuite la phase d’amélioration, où le joueur actif peut payer du Silicium pour prendre possession d’une plateforme et y placer un module spécifique (associé à un des 5 types de ressources secondaires) qui fera une production supplémentaire quand la plateforme sur laquelle elle est construite est activée. Il y a un certain nombre possible de pose de tuyaux sur une plateforme, soit autant d’activations. Le coût en Silicium dépend du nombre de connections encore possibles, minoré par vos drones amarrés.

Enfin, la dernière action du joueur actif avant de passer au suivant est de pouvoir répondre à une demande d’un autre astre. Des commandes rapportant de plus en plus de PV se suivent et si l’on dispose des ressources demandées (dont souvent de l’eau), on récupérera la commande, révélant la suivante.

Par ailleurs, des objectifs sont à réaliser à chaque partie. Cinq sont disponibles, dont 3 variables. Le premier à la réaliser scorera 10 PV, tandis que les suivants auront un rapport moins intéressant. Il existe donc une course aux objectifs afin d’arriver au moins à réaliser une de celles proposées en premier. Tout n’est pas toujours simple et il est possible d’empêcher un joueur de réaliser un objectif en gérant bien le jeu.

Quand tous les joueurs ont réalisés leur 4 tours, une phase de production permet de puiser dans les plateformes (et le centre du cratère) que l’on a réclamées (fait une amélioration) pour peu qu’elles soient connectées à notre vaisseau. Des actes de sabotage bien placés peuvent empêcher un joueur de faire un prélèvement. Cependant, comme on puise en premier le Tholin parasite, il est possible que le propriétaire de la plateforme brise lui-même les connections pour ne pas se polluer.

En fin de partie, on récupérera 2 PV par deutérium en soute et -1 par Tholin.  Des PV annexes peuvent exister si vous jouez avec les personnages optionnels qui vous offrent une manière mineure de faire des PV, toujours moins rentable que le deutérium brut.

Il existe déjà (KS oblige) des extensions proposant des règles complémentaires ou un 5ième joueur, mais je n’ai pas été convaincu de leur nécessité sur le jeu de base, vivant même une destruction de l’intérêt du jeu avec l’extension science.

Parlons un instant du plateau 3D de Titan, dont le style fait plus penser à un gros jouet qu’à un jeu de société moderne. Techniquement, je n’ai pas de gros soucis avec lui, certains de mes joueurs ayant même parlé d’objet « jouissif » tellement c’était différent et surdimensionné. C’est surtout la manutention avant et après la partie qui me pèse à son usage, devant le (dé)monter tant au niveau gâteau général que morceau individuel avec sa partie arrière devant être déplacée pour superposer les pièces dans la boite qui est déjà titanesque. Le cratère étant tellement grand qu’il faut une belle table, d’autant que les plateaux annexes avec les objectifs sont eux aussi surdimensionnés pour faciliter une lecture forcément lointaine.

Niveau matériel annexe, les pledges nombreux ont créé un upgrade des cubes de ressources vers des cubes métalliques. Hélas, les couleurs finales posent des problèmes que l’auteur ne pouvait prévoir, rendant deux blocs de couleurs trop proches (eau et deutérium / titanium et silicium) posant des problèmes sur la lecture distante des autres plateaux. Pour une fois, un downgrade vers des cubes en bois (pour 2 couleurs) serait utile. Par ailleurs, un passage au pinceau de couleur sur les numéros sur les drones est nécessaire pour ne pas les chercher à son tour de jeu, puisque seul le drone du tour en cours peut être déplacé. Les flèches sur les tuyaux n’ont que peu d’utilité (juste pour les distraits) aussi, mal les positionner est moins important.

Titan est un brin répétitif dans ses actions, mais il est très plaisant dans la projection que l’on se fait de son développement. On a l’impression de construire son réseau et voir les adversaires réaliser quelques coups de traitre pour vous pourrir vos puisements est assez sympathique, car c’est méchant mais pas incapacitant et on ne le fait pas à chaque action. Bien que ses règles initiales sont assez longues à expliquer, c’est très fluide par la suite et les questions que l’on se pose sont toutes résolues de manière logiques, tout à l’honneur de son auteur qui a conçu quelque chose de cohérent tout le long.

Il vous faudra une grande armoire pour stocker la boîte et si vous compter y jouer plusieurs fois et/ou souvent, je ne saurais que trop vous conseiller de garder le cratère monté et de l’exposer pour susciter l’intérêt des gens. Car le montage / démontage systématique vous fera choisir un autre jeux quand un visiteur arrivera afin d’éviter le temps perdu sur un horaire de partie. Agréable à jouer, même avec des joueurs Connaisseur, il est cependant un poil long (surtout les premières parties) avec ses 45 minutes par joueur. Les joueurs experts risquent de ne pas y trouver leur compte avec une 5ième manche sans doute de trop (vaisseau potentiellement déjà rempli de deutérium) et une partie trop répétitive. Par contre avec mes enfants plus de niveau Connaisseur (est-ce pour son style jouet ?) il fait superbement le taf ! Trouver son public est toujours important pour que les commentaires soient associé à ce qu’on en cherche.

 

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