Dreamscape

Un prix décerné pour les jeux Expert par des Experts

Dreamscape

Les jours qui précèdent Noël sont toujours dépositaires d’une sorte de magie dans l’air. Les gens semblent errer de commerce en commerce les bras chargés de cadeaux, la mine réjouie, déjà projeté dans l’idée du repas gargantuesque qui les attend. On a parfois l’impression d’être projeté dans un film made in US un peu mielleux, diffusé en masse sur TF1 durant les fêtes. On croit rêver !

Le rêve est justement le fond de commerce du premier jeu édité par Sylex (distributeur Atalia) : Dreamscape. Comme pour ses réalisations précédentes, David Ausloos signe tout le jeu, étant auteur et graphiste. La nouveauté pour lui, c’est l’éclairage de sa réalisation qui passe d’un style très sombre et chaotique (Panic Station, Dark Darker Darkest, Rogue Agent) à un monde emplit de nuages et d’une certaine poésie agencée. Le grand écart de style.

Dreamscape vous propose de fermer les yeux et de laisser votre esprit errer dans un monde des rêves pour en collecter des fragments, qui serviront à créer le paysage que votre rêveur désire visiter. Vous passerez ainsi de la mangrove à la chute d’eau en montagne au gré de votre voyage onirique. Mais attention, car Mr Cauchemar est proche, prêt à polluer votre rêve de mauvaises pensées.

La partie est divisé en 6 tours, chacun séparé en deux phases principales (plus une de nettoyage) se déroulant sur des plateaux différents. Le plateau central propose 6 lieux de sommeil où se déplace votre dormeur pour y récolter des fragments de rêve (Eau/Pierre/Terre/Herbe/Mouvement). Le plateau privé vous fera ensuite construire votre rêve en respectant l’image que vous vous faites de celui-ci, ce y comprit votre position dans ce moment rêvé.

Les règles sont simples dans la phase de collecte. Vous disposez de 4 pts d’action. Se déplacer d’un lieu à l’autre coûte 1, prendre un fragment (le plus à droite) coûte 1, vous ne pouvez avoir que 2 fragment du même type en main via collecte. Si on se borne à cela, on aura 2-3 fragment par tour et le jeu aura peu d’intérêt. Heureusement, il y a une série de subtilités.

Chaque lieu dispose d’un pouvoir spécial et gratuit (réorganiser les fragments d’un des deux plateaux essentiellement) que l’on peut utiliser quand son dormeur s’y trouve (1/tour). Mais surtout il y a la possibilité de se déplacer gratuitement si l’on dispose (dans sa main) du dernier fragment affiché dans le lieu voisin. C’est surtout ce dernier point qui vous fera assurer 4 fragments (voire un peu plus) à ajouter dans votre rêve à chaque tour.

Vient ensuite la construction du rêve avec vos fragments. Vous n’avez pour contrainte que l’obligation de poser une nouvelle pièce adjacente à la précédente et d’essayer de construire le même dessin que celui sur votre carte. Les superpositions sont possibles (parfois requises) et les fragments blancs permettent de déplacer votre rêveur sur la pièce à côté. Quand le rêve est réalisé, on pioche d’autres cartes et décide de les réaliser ou pas (un rêve non réalisé vous fait perdre 5 points en fin de jeu).

Réaliser un rêve nouveau sur base du précédent n’est pas toujours simple, car reconstruire est long (4 fragments récupéré par tour habituellement), mais deux options de réagencement existent sur le plateau. Ces options se réduisent cependant cruellement lorsque l’on joue avec Mr Cauchemar, car ce dernier bloque l’option de l’endroit où termine le joueur précédent. Un plan peut vite tourner court si un autre joueur fait attention à ses derniers mouvements.

Heureusement, les cartes de rêve que vous prenez disposent aussi d’une des 5 cases bonus du plateau central. Vous avez la possibilité de placer un fragment sur celle-ci pour l’activer. Loin d’être un coup perdu, placer un fragment a l’avantage de le mettre en stand by durant un tour, car tout ce qui est dans votre main doit en disparaître à la fin de votre phase de sommeil. Soit dans votre rêve, soit sur votre carte en réalisant son action bonus. Dans ce dernier choix, le fragment reviendra en main au début du prochain tour. Il est très intéressant de pouvoir temporiser et de ne pas placer de suite des fragments non nécessaires à votre rêve actuel, car les déplacer ensuite nécessitera d’activer une des actions bonus et vous n’en avez que peu le loisir.

Quand vous déciderez que prendre une nouvelle carte nécessitera trop d’énergie et trop de risques, vous viserez alors un peu plus les objectifs de fin de partie. Au nombre de 4, tirés au hasard et connus dès le début, ils vous proposent d’avoir une disposition spécifique de fragments dans votre paysage de rêve.

Notons qu’avec Mr Cauchemar vous récolterez, à votre corps défendant, des fragments de cauchemar qui pollueront votre rêve, mais qu’il est possible de les éliminer contre un autre fragment plus utile. Vous glanerez aussi quelques points en déplaçant votre rêveur, mais c’est fort peu en regard du reste. Par contre, il est possible de planter des arbres (en échange d’Herbe verte) qui eux rapportent double : une valeur croissante de PV selon le nombre planté et 1 Pt de plus pour les objectifs de fin de jeu. Comme ils sont en nombre limité il est tentant d’en prendre vite, mais cela limitera les paysages réalisables car ils se posent sur le fragment choisi mais ne peuvent plus le quitter durant le reste de la partie.

Pour compléter l’expérience nocturne, il est possible d’ajouter 4 extensions qui augmenteront vos choix et pénalités. Je ne peux actuellement que vous toucher un mot de la Corneille Rouge, qui se cumule à Mr Cauchemar pour polluer votre jeu, voire même détruire des fragments en place. Heureusement, en échange d’ennuis supplémentaires, vous pourrez profiter d’un nouvel espace de stockage qui vous offrira de réaliser les bonus du plateau central, ouvrant encore les possibilités d’action.

Le sentiment final sur Dreamscape est très positif. La volonté de nous mener dans un monde de rêve est atteint et les dessins très « Girly » touchent facilement l’imaginaire féminin (mais pas que, bande de machos ! 😉 ). Le niveau réglable permet de proposer quelque chose de plus ou moins Connaisseur, titillant l’Expert avec le cumul d’extensions. On regrettera des lenteurs associées à la montée en puissance des joueurs, qui veilleront à utiliser les pouvoirs (cartes, bonus, extensions) dans le bon ordre lors de leur tour, et à sélectionner le meilleur rêve lorsqu’ils en changent. Ces moments de latence peuvent nuire au rythme du jeu, mais on passe vite outre dès que l’on est soi-même plongé dans ses actions.

Les extensions sont dispensables, surtout si vous avez plus un groupe de joueurs de niveau Connaisseurs voire plus légers. Mr Cauchemar (et la Corneille Rouge) permet d’obtenir une plus grande interaction sur les autres joueurs en brisant leurs rêves.

En définitive, si Sylex n’a pas inventé le feu, il a comblé mes rêves. 😊

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