Throne of Allegoria

Un prix décerné pour les jeux Expert par des Experts

Throne of Allegoria

Quand on suit les jeux de société moderne et leur développement (explosion même) récent sur Kickstarter (and co), on croit à chaque fois avoir tout vu, le pire (souvent) comme le meilleur (cela doit exister). Cette fois, je découvre, étonné, une version Deluxe en KS moins chère que l’édition originale.

Le jeu qui réalise ce tour de force, c’est Throne of Allegoria de Robin Lees et Steve Mackenzie, qui avaient déjà œuvré ensemble sur un jeu coopératif ayant eu son lot de reconnaissance : Beyond Baker Street. Si Spielworxx a réalisé l’édition originale (seule actuellement sur le marché), le KS en cours est pris en charge par Game Brewer. Niveau graphisme c’est un artiste souvent à l’œuvre pour Spielworxx qui le signe : Harald Lieske. Si ce nom ne vous dit rien, c’est que vous ne jurez que par Ian O’Toole, pourtant il a signé beaucoup plus de jeux que ce dernier, dont des bombes encore jouées massivement aujourd’hui : Chateaux de Bourgogne, Les Colons de Catane (à partir de 2007), Dominion, Puerto Rico (à partir de 2011), Las vegas. Mais aussi : Amerigo, Arkwright, Glen More, La Granja, … jusqu’au futur The Grand Trunk Journey (pour 2020 toujours chez Spielworxx). Une vraie vedette je vous dis !

Le pitch du jeu est de vous faire agir en coulisse afin de collecter un maximum d’influence pour prendre le trône une fois que la Reine aura passé l’arme à gauche. Une chose est certaine, c’est qu’un des événements du jeu sera la mort de la Reine, qui laissera le pays dans une période de trouble. Elle surviendra quelque part dans les 6 tours de jeu (voire en fin de partie).

Chaque tour débute par la découverte de l’état de santé de la Reine et de la tension sur le pays. L’événement est plutôt positif tant que la Reine est en vie et l’inverse lorsqu’il est question de troubles concernant sa succession. Ensuite, chaque joueur va placer une enchère secrète sur une des 7 zones d’actions, afin d’obtenir le plus de pouvoir sur cette dernière.

L’enchère se réalise via la pose chacun à son tour d’un de ses 6 jetons ayant des valeurs allant de 0 à 2 (dont un variable). Lorsqu’ils seront tous posés, on les révèle et on défini l’ordre selon la valeur totale (on peut les superposer pour les additionner), les égalités étant gérées par l’arrivée sur l’action (premier arrivé = meilleur).

Vient le moment de réaliser les actions associées, où l’on retrouve :
– Piocher des objectifs (les plus forts ont un meilleur choix, le plus faible devient premier joueur)
– Prendre des travailleurs (les plus forts choisissent en premier, le plus faible fait les paquets à disposition)
– Agir sur le métier en jeu (il y en a 5 différents, autant de mises). On récolte des points d’action selon son positionnement.

C’est ce dernier type de zone qui propose le plus de possibilités, mais aussi un peu de frustration et de complexité (utile ?) au jeu, nécessitant une (très) grande aide de jeu absolument nécessaire. Je m’explique en plusieurs points.

1) Chaque métier a deux type d’action possible : tâche et développements. Un seul choix de tâche pour deux choix de développement, chacun avec ses règles propres (même si les développements se ressemblent). Qui plus est, une série d’actions vont vous faire prendre des pénalités (pions d’anarchie), selon le cas (l’endroit) où vous appliquez une tâche. Cette multitude de choix et conditions nécessitent l’aide de jeu .

2) Selon sa position (après les mises) on aura accès aux deux types d’action (avec plus ou moins de points) ou un seul. Mais là où le jeu est frustrant (mal foutu ?), c’est que le joueur en deuxième position a une moins bonne place que le 3ième ! Car dans le jeu, l’intérêt est de réaliser plus d’actions que ce que votre position vous donne en modifiant son plateau d’influence. Mais si vous n’avez pas le choix dans le type de tâche (2ième et 4ième), vous êtes largement pénalisé. Il vaut donc mieux viser une troisième place si l’on n’est pas premier.
Les actions de développement vont vous permettre d’avancer sur la piste des influences de chaque métier (avec les travailleurs acquis par ailleurs) et, pour les 3 classes qui sont représentées sur le plateau, placer ou déplacer des troupes.
Les actions de tâche vont vous faire user ces troupes pour gagner des PV, éventuellement en faisant bouger les plateaux des autres joueurs.

On gagne des points d’action en faisant descendre son influence dans le métier en jeu, mais dans une limite de 2 pts (quand on passe une subdivision c’est fini). Certaines « subtilités » du jeu permettent de s’affranchir de cette règle pour faire plus d’action (en modifiant son positionnement par le biais de cartes ou de tâches qui permettent alors de passer des subdivisions sans blocage), enfin essentiellement pour le 1er et 3ième joueur …

Des objectifs (reçus en début de jeu ou choisi par le joueur) vous obligent à avancer dans des pistes spécifiques ou à disposer vos troupes sous une configuration précise, sous peine de PV négatifs en fin de jeu, guidant (forçant) votre partie.

Des guildes peuvent être posées, permettant à votre mise * d’être au choix du joueur un 1 (qui activera une de ses guildes posées) ou un 2 (sans activation). Cette étoile est une sorte de bonus où l’on décide de sa place finale selon l’intérêt de sa position ou de l’activation d’une guilde.

En fin de partie, on gagnera des points selon son avancement dans les influences des métiers, selon les guildes développées, et ses objectifs réalisés (avec un bonus selon son évolution sur une piste précise). On en perdra selon ses pions d’anarchie (qui peuvent être rendus), plus ou moins si beaucoup ont été pris, et pour les objectifs non réalisés.

Au final, l’intérêt principal du jeu réside dans ses mises aveugles, où l’on peut influencer les autres joueurs à surenchérir sur un 0 (voire un double 0) sur une position sans intérêt pour vous. Cela force presqu’obligatoirement à jouer à 4 afin de garder la pression du double guessing.

Pour le reste, les actions différentes des métiers n’apportent pas une grande interaction (hormis peut être pour le militaire, qui est le seul incluant une part de hasard au dé), car chacun se développe dans son coin. Tout au plus, on fera descendre les valeurs sur les plateaux des autres joueurs, rendant les objectifs sur le banquier les plus difficiles à réaliser (a éviter donc).

Si vous êtes trop souvent 2ième, surtout alors que vous avez misé en conséquence 2 ou 3 pts, vous verrez rapidement les tours se suivre sans grande activité ou intérêt. On peut alors s’interroger sur la possibilité de faire une règle maison qui donne (à 4 joueurs) 2 pts d’action au choix au 2ième (inclus dans la logique 3 au 1er et 1 au 3ième ). A voir si cette punition de la deuxième place vous plaît ou vous saoule. 😊

La version proposée par Game Brewer s’est affranchie du texte sur les cartes, la rendant plus facilement utilisable. Espérons qu’ils auront fait de même sur l’aide de jeu (qui sera bien 1/joueur). On regrettera qu’il aura fallu une édition Deluxe (moins chère que celle de base pour une meilleure qualité !) pour que l’on pense à simplifier l’usage du jeu, qui ne pourra que gagner en qualité.

Il vous faudra être largement patient et un peu intéressé pour savoir si au bout du compte, une fois la Reine morte et enterrée, votre influence vous donnera le pouvoir. En attendant, placez vos pions et jouez de votre influence pour ne pas rester un observateur du monde.

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