Luthier

Un an après le proto, retour sur Luthier de Paverson Games, qui sera sans doute localisé en VF par Lucky Duck Games. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est dans du gros jeu dès qu’on voit la boîte, au format large comme pour les Lacerda. Magnifique artwork de Vincent Dutrait et Guillaume Tavernier, qui donne tout de suite envie d’ouvrir la bête.
Une fois sur la table, il faut de la place : plateau personnel, plateau central avec extensions de matériel de part et d’autre, ressources, et plein de cartes que l’on défaussera au fil du temps, qu’il faudra bien placer quelque part. Comme on n’était pas super organisés, cela a donné l’impression d’un gros bazar. Comme Xavier Georges avait regardé une vidéo avant de venir, il se lance dans l’explication pendant que je continue la mise en place (il y a pas mal de choses à organiser). Je peaufine les détails, mais l’ensemble semble assez clair et on se lance.
Six manches, avec deux phases dans chacune. D’abord une Planification où l’on place, chacun son tour, un de ses jetons numérotés (1-3-5, puis plus tard 2 et 4) sur des zones d’action (communes ou personnelles). Ensuite une Révélation où, à tour de rôle, on choisit une zone à activer et où les joueurs présents révèlent leur jeton et réalisent les actions par ordre de puissance et d’arrivée.
Globalement, les actions sont simples :
• Prendre un mécène, qui a des attentes (type d’instrument à créer/réparer ou performance à réaliser).
• Prendre un instrument (vent/corde/percussion) en main.
• Réaliser une performance, avec un seuil à atteindre en jetant des dés.
• Réparer un instrument de l’orchestre, en dépensant des ressources.
• Redéfinir l’ordre du tour et obtenir un bonus.
• Aller au marché (achat/vente).
• Créer le gros œuvre d’un instrument, moyennant des ressources.
• Faire les finitions d’un instrument, moyennant des ressources.
En début de manche, on avance le marqueur de patience des mécènes et on reçoit un bonus (ou des pénalités s’ils sont à bout). On peut aussi placer de nouveaux instruments à créer depuis sa main, et éventuellement une production spécifique liée aux mécènes désormais convaincus par notre talent.
Précisons qu’en plus de nos jetons, on peut ajouter des apprentis (à acquérir régulièrement) et que, si l’on atteint une puissance de 4+ dans une zone, on gagne de petits avantages (à ne pas rater). Du coup, on ne place jamais notre 3 sans un petit apprenti !
Les réparations/performances, et surtout les instruments créés, sont placés dans un espace orchestre séparé selon le type d’instrument (en ligne) et le type de musique (en colonne). Le premier placé (ou le majoritaire, ou l’instrument d’abord) sur une chaise recevra un meilleur bonus que les suivants. Il y a donc une course au placement pour économiser des ressources, mais aussi pour atteindre les objectifs (privés ou publics).
Cet espace orchestre est important, car il apportera un paquet de points si un joueur s’y trouve relativement seul. Son souci, c’est qu’il est très aléatoire… Les performances et réparations en première place sont toujours battues par un instrument qui serait créé ensuite. Certes, on peut jeter un œil aux « en cours » de chaque joueur à chaque performance/réparation pour éviter de perdre sa position de leader, mais il va entrer tellement de cartes que rien n’est certain. C’est donc au petit bonheur la chance de se voir encore leader sur une chaise en fin de partie pour un jeton posé au premier tour. Les scores pouvant être serrés, la différence se joue parfois là.
Parlons aussi de chance dans la réalisation d’une performance : on jette des dés pour atteindre une valeur très variée (parfois 6 suffit, parfois il faut monter à 11). On essaie de limiter le hasard en améliorant son niveau (quand on met 4+ sur la zone), en jouant de gros chiffres (ajoutés aux dés) et surtout en ayant sous la main de l’inspiration (+1) à dépenser pour atteindre l’objectif. Malgré cela, celui qui parvient à s’en passer sur plusieurs jets sera plus à l’aise pour les suivants, tandis que celui qui a la dév… la déveine (pour une fois, ce n’était pas moi) sera toujours trop court pour placer une performance pourvoyeuse de ressources et de PV de fin. Win to Win vs Lose to Lose.
Il reste des lenteurs dans le jeu, même si j’ai moins ressenti de downtime sur cette partie — alors qu’on a joué exactement 2 h 14, comme à la première. La pose de ses jetons, chacun son tour, impose d’analyser la valeur minimale à poser pour réaliser une action, idéalement avant l’autre pour passer devant à l’égalité, et obtenir la carte visée (et pas une autre inutile ou plus chère)… Bref, du Si–Alors–Sinon où l’on pèse ses choix. Parfois, ça freeze, mais c’est trop important pour jouer au hasard.
Vient ensuite la résolution des zones d’action. Comme chacun choisit une zone où il est, et que l’on ne résout ces zones qu’une à une, il faut d’une part espérer le bon ordre pour ne pas perdre une action (par ex., prendre le mécène avant de réaliser la réparation qui validera un de ses objectifs) ; d’autre part, il faut souvent attendre quand on n’est pas soi-même dans l’action. C’est d’autant plus criant quand on a deux jetons placés dans sa zone privée (seul à pouvoir activer) et que son seul autre jeton a été activé au premier coup de la résolution. Ses propres actions ont peu d’impact sur les autres sauf si deux joueurs créent le même instrument dans la manche : là, il faut s’assurer de la priorité.
Heureusement, tous mes compagnons de jeu ont accepté que les actions sans impact puissent être jouées indépendamment de l’ordre du tour, une fois qu’un joueur n’avait plus d’action commune avec les autres (et sans création au même tour). On a gagné en temps et surtout en fluidité.
Au final, je trouve le jeu vraiment beau, plaisant à jouer et thématique. Cependant, je regrette toujours cette part de hasard dans les dés et sur les chaises principales. Si l’ordre de placement des jetons avait pu être détourné (pour que chacun les pose à son rythme), il aurait gagné en fluidité — idem pour les révélations. Heureusement, il suffit de s’entourer de personnes de qualité qui comprennent l’intérêt de résoudre plus vite ses actions personnelles pour compenser un peu cette latence. Des gens de qualité, ce n’est pas ce qui manque, non ? 😊









