Angel’s Share

J’avoue qu’à la lecture des règles d’Angel’s Share, je me suis demandé où j’allais. Sur la route vers le club, je confiais même mon désarroi au conducteur : si je comprenais sans difficulté les règles, il m’était impossible de me projeter sur le développement de la partie. Brouillon dans mon esprit, brouillon sur la table, brouillon aussi chez mes camarades lors des premiers tours. Tout le monde navigue à vue…
Mais de quoi s’agit-il exactement ? Angel’s Share, c’est la « part des anges » : cette évaporation qui s’échappe des fûts avec le temps et que les anges se réservent. Ici, nous sommes dans une distillerie et le jeu repose sur un principe simple : acheter des barriques, les laisser vieillir, puis les revendre au moment opportun.
Concrètement, à chaque tour, un joueur peut :
- Vendre une ou plusieurs barriques : le prix dépend à la fois de la valeur actuelle de l’alcool et de son âge (par tranches de 5 ans, soit un tour). Quand le marché est favorable, les clients paient cher les alcools âgés ; dans le cas contraire, mieux vaut patienter (vendre à 0, c’est vraiment la pire option). Cette vente fait ensuite baisser la position de la distillerie sur l’axe vertical du tableau.
- Déplacer son acheteur vers une distillerie qui n’a pas encore été visitée ce tour : Il y en a 7 pour 5 joueurs, donc certaines resteront inexplorées.
- Activer l’action de la carte de la distillerie : cela peut aller d’une modification du marché à des améliorations globales rendant certaines distilleries plus rentables pour tous.
- Acheter une barrique : son coût fluctue selon le marché (moins c’est rentable, moins c’est cher). Chaque barrique arrive avec 5 marqueurs, retirés progressivement pour symboliser sa maturation.
- Placer une carte de sa main, face cachée, sur la distillerie : elle remplace la carte utilisée et détermine le futur bonus (peu déterminant car on ne pourra pas l’activer soi-même). Son véritable intérêt réside dans son numéro, qui influencera le marché lors de la phase d’entretien.
- Récupérer une nouvelle carte de cette distillerie pour remplacer celle qui vient d’être jouée.
Vient ensuite la phase clé : la mise à jour du marché. Toutes les cartes cachées sont révélées et les distilleries sont repositionnées horizontalement selon leur numéro (du plus petit au plus grand). En croisant les axes vertical et horizontal, on ajuste le cours des barriques (de -4 à +4). Plus une distillerie est haute et/ou à droite, plus sa valeur grimpe, permettant de meilleures ventes.
Chaque fût vieillit alors de 5 ans (on retire un marqueur), et il faut éventuellement payer des coûts d’entretien ou subir des effets ajoutés par les joueurs. L’ordre du tour est également redéfini selon les numéros joués (du plus petit au plus grand).
Tout le sel du jeu repose sur la spéculation. Les cartes influencent le positionnement des distilleries et donc leur rentabilité, mais aussi l’ordre du tour, crucial pour acheter ou vendre au bon moment. Le système serait parfaitement maîtrisable… si l’on disposait toujours des cartes idéales ! 😊 Il faut donc composer avec le hasard : un petit numéro vous découragera d’aller dans une distillerie que vous voulez voir monter, mais sera parfait pour en faire chuter une détenue par vos adversaires.
Vendre a également des effets en chaîne : non seulement cela fait baisser le cours de l’alcool concerné, mais cela peut faire remonter d’autres distilleries, redistribuant ainsi les opportunités. Acheter à bas prix peut s’avérer payant, tandis qu’un alcool « star » peut chuter brutalement.
Au fil de la partie, après quelques tâtonnements, les coups bas apparaissent : ventes opportunistes, achats suivis de reventes immédiates… Les plans soigneusement préparés s’effondrent, et des barriques délaissées se vendent finalement à prix d’or. Tout dépend des choix des autres, des erreurs de calcul… ou de la mauvaise foi ambiante. Certains en rient, d’autres grincent des dents ! 😊
Les débuts de partie sont assez clairs (acheter ce qui vaut le plus), mais la suite dépendra fortement de vos adversaires et de leur sens de la « coopération ». Une première partie est indispensable pour appréhender le système ; la seconde permet vraiment d’en profiter.
Au final, malgré une iconographie à la ramasse, Angel’s Share est un jeu de spéculation simple, original et plutôt rare sur le marché actuel. Capstone Games prend un pari en proposant un tel titre, mais miser sur Angel’s Share, c’est finalement respecter le thème jusqu’au bout. 😉











